ACQUIN

Fulu-photo(c)RemySirieix

BIOGRAPHIE

RESTES

18 SEPTEMBRE 2026

[ TEMPS CALME / MODULOR ]

Troisième album après ‘Bareback’ et ‘C’est beau’ — réalisés avec Frédéric Lo — Restes marque une nouvelle étape : la rencontre avec Éric Simonet, et une écriture plus libre, plus risquée.
À l’heure où la musique se consomme en quatre secondes d’attention et se présente par l’étalage de ses “refs”, Restes échappe au réflexe. La référence rassure, situe, balise un marché. Elle dit au public ce qu’il doit reconnaître pour aimer. Acquin s’en méfie. Rien ne naît de nulle part, certes. Mais décréter le “nouveau” ne suffit pas à faire oeuvre.

Alors le disque répète ce qui doit l’être : l’amour, la vie, la mort comme l’a très bien dit récemment Delerm, non comme slogan mais comme seules choses qui soient. Le reste s’articule autour d’elles, les déforme, les chorégraphie.
Musicalement, l’album reste volontairement frontal : drums, basse, guitare, clavier. Des crashs sur des kicks insistants. Une tension sèche. Puis soudain la clarinette de Vincent Penot (Opéra de Paris) sur “Bise”, comme un souvenir lyrique au milieu du vacarme.
Dionysien et apollinien, élégant et vulgaire, tendre et bourrin. Les restes d’un banquet où l’on aurait trop bu et trop aimé. “L’amour fout” ouvre le disque. Il fallait un t à « fou ». L’amour fout quoi ? Il en fout partout. “Ce sera déjà très bien” dure une minute quatorze — presque un pied de nez au format. “Reste” (sans s) émeut sans s’expliquer : Éric Simonet dit n’avoir rien compris au texte, mais l’avoir ressenti. C’est peut-être suffisant.

Car ici, la chanson n’explique rien. Elle ne guide pas. Elle ne revendique pas. Elle ne simplifie pas. Les mots ne sont pas des éléments de langage. Ils flottent, dérapent, trébuchent.
L’écriture assume ses maladresses : ces choses qu’on entend sans pouvoir les noter exactement, ces choses qu’on veut dire sans être certain que leurs mots existent.

Entre culture classique incomplètement maîtrisée et appétence pour un défoulement presque punk, Restes avance sur un fil. Celui qui accepte le ridicule possible de la poésie. Une forme. Ouverte à autopsie.