Newsletter

News

MIEGEVILLE hommage à la tragédie d’AZF avec 10h17

10h17. 21 septembre 2001.
Un camion de chantier semble avoir percuté mon appartement. Je suis sous le choc. Quelques secondes après, c’est la boule de démolition d’une grue qui a apparemment percuté l’immeuble tout entier. Mon corps se soulève sous l’effet du choc et toutes les vitres du salon explosent. Je sors en courant pour constater les dégâts, et engueuler les ouvriers maladroits qui ont du déraper sur leur manette de contrôle… Mais il n’en est rien. Mon analyse de la situation est complètement fausse. Tout comme celle de mon voisin qui me dit qu’une bombe a explosé dans la banque à côté. Tout comme mon autre voisin qui me dit que la station service a eu une fuite de combustible un peu plus loin. Nous le saurons beaucoup plus tard, mais c’est l’usine AZF, à quelques kilomètres de là qui vient d’exploser.
J’ai fait une chanson sur le sentiment qui m’a parcouru durant cette journée. « On est passé tout près de l’explosion » ai-je écrit. Pourtant certains se la sont pris en pleine poire, et n’ont pas survécu. D’autres sont marqués à vie. Dans leur chair et dans leur âme. Pourtant, tout nous indique que tout aurait pu être encore plus grave. Ici on parle du gaz moutarde. Là de possibles arcs électriques avec la Garonne à côté… « On a failli confondre les maisons, on avait pris pour cible l’étranger, confondu les nuages de saison, rafraichi la mémoire à haute tension ». On sortait du 11 septembre et tout le monde était encore choqué. Et chacun vivait certainement tout comme moi des explosions internes. De couples. D’entreprises. De groupes d’amis.
C’est ce parallèle que j’ai voulu retranscrire entre l’interne et l’externe, entre l’intime et le social, l’humain et le politique, ce jour où l’on s’était senti « mieux à l’intérieur, des coups d’éclats de verre plein la tête, calfeutrés pour gagner l’isolation ». C’était un jour aussi où nous nous sommes rappelés ce qui comptait, et ce qui ne comptait pas. Aujourd’hui, pour certaines multinationales, ce jour est une ligne sur un tableur excel, une épine dans leur communication, tandis que nous continuerons longtemps à noircir des pages entières avec ce traumatisme.
La beauté de l’histoire est que ce jour, comme tous les jours dramatiques de l’Histoire, a révélé aux hommes qu’ils sont égaux et solidaires, car la souffrance révèle l’empathie, la sollicitude et le courage. Le jour de la Saint Matthieu, « on avait oublié les jours de fête ». A nous d’en faire des chansons.

« 10 heures 17 », extrait du disque « Longue Distance » de MIEGEVILLE