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BANCAL CHÉRI

BANCAL CHÉRI
Biographie

BANCAL CHÉRI
ROLAND BOURBON + NICOLAS JULES + IMBERT IMBERT + DIMONÉ
20 JUILLET 2018

Quatre folies douces. Quatre électrons libres. Quatre furieux et délicats esthètes. Bancal Chéri est un authentique groupe récréatif, unissant jusqu’à les entremêler les gouailles, mélodies, désirs et artisanats de chacun. Quatre forces vives sur un même trampoline : l’instinct animal de Dimoné, les vertiges amoureux de Nicolas Jules, la dangerosité carnassière de Roland Bourbon, l’incandescence insoumise d’Imbert Imbert. L’histoire est ce qu’il y a plus simple. Les liens pètent les plafonds au cours du spectacle collectif Boby Lapointe repiqué (Presque Oui, Yéti, Évelyne Gallet, Sarah Olivier, Jeanne Garraud et Patricia Capdevielle pour compléter la distribution). Deux dates initialement prévues. Trois ans de tournée, au final.

Ces quatre-là deviennent copains comme cochons. Impossible de se résoudre aux adieux. Il faut trouver un alibi pour jouer ensemble les prolongations. Il faut rester du bon côté de la vie. Ce sera Bancal Chéri donc. L’âme de tous les possibles. L’espace d’une liberté précieuse. Oxymore oblique chevillé au rouge à lèvres de façade. Ces enfants du désordre établissent leurs propres règles et leur propre unité de temps. Rien de planifié ou tamponné comme un plan de vol au long cours. Seulement savent-ils qu’ils ne passeront pas la case des reprises (une exception en live avec la chanson de Dimoné Les lignes bougent). En ordre joyeusement dispersé, ils s’affairent à découper dans leur coin les pièces d’un futur puzzle. Ils y mettent leur grain de sel. Et de poivre. Une résidence dans les Landes, des concerts bouillonnants de vies et d’envies (Le Divan du Monde à Paris, Le Printival à Pézenas, le Chaînon Manquant à Laval…).

Bancal Chéri s’amuse, se tient la porte, emprunte des voies balisées comme des couloirs imprévues, alterne petites claques et morsures. Percussions, guitares, claviers, contrebasse. Une cavalcade luxuriante, électrique, effrontée, démocratique. Sans pénurie de carburant.

Le combo joue à saute-mouton avec les genres. Du rock cyclothymique, progressif et farouche. De la chanson. De l’instrumental (Glass Glock). Disque kaléidoscope. Disque à l’appétit pique-assiettes. Ici, on est capable de convoquer Nino Ferrer (Qu’est-ce que tu dis?), Dutronc (Les épaules), de coller des paroles d’adolescence amoureuse sur la musique Village Green des Kinks (La Vienne et les Deux-Sèvres), de rendre hommage à un maître du rythm and blues (Screamin Jay Hawkins), d’inviter la jeunesse à être davantage imprudent (Les tampons de ouate). Il y a aussi des fulgurances (Il y a des bouts de maman/Dans la barbe à papa), une pensée libertaire (Le droit d’être tordu), les méandres sentimentaux d’un membre du groupe (Numéro lose bis), une poésie à la fois joueuse et régressive (Mounak). Sur une rythmique sous-tension et un final proche de la transe, Dimoné enchaîne les noms de Michel Sardou et Nina Hagen (L’habitude enfin), bel exploit.

Ce disque fait entendre la résonance d’un son, d’une flamme, de figures libres. Comme celle de Roland Bourbon, sorcier d’un morceau épique, chamanique et dans lequel les langues de l’araméen, de l’arménien et du comanche s’entremêlent (Natanaé). Bancal Chéri préfère la conquête à l’itinérance. S’autorise toutes les audaces. Et s’engouffre dans des espaces mouvants. C’est bon parfois de ne pas être raisonnable.
Patrice Demailly

LABEL: PRINTIVAL